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Le pétrole de l’Amazonie va-t-il enrichir le Brésil ou l’endetter ?

  • Photo du rédacteur: João Pedro Nascimento
    João Pedro Nascimento
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture

Note : Les opinions exprimées dans ce texte relèvent de la seule responsabilité de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de ce site.


Plataforma de exploração de petróleo e gás em alto-mar, com estrutura metálica e guindaste amarelo sobre águas azuis.
Plateforme pétrolière en activité en haute mer. (Photo : Unsplash)

La confirmation de la présence de pétrole dans le puits Morpho, dans le bassin de l’embouchure de l’Amazone, place à nouveau le Brésil face à un débat qui va bien au-delà de l’existence de nouvelles réserves. Alors que le pays cherche à accroître sa production de pétrole et à tirer parti d’une éventuelle nouvelle source de revenus, l’économie mondiale tente de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et de faire face aux effets de plus en plus concrets du changement climatique.


Dans ce contexte, une question doit être au centre du débat : le pétrole de l’Amazonie va-t-il enrichir le Brésil ou l’endetter ? La réponse ne dépend pas seulement du volume de pétrole qui pourra être extrait ou des revenus que sa commercialisation pourra générer. Elle dépend également de la manière dont le pays comptabilisera les coûts économiques, environnementaux et sociaux associés à l’exploitation et, surtout, à la consommation de ce pétrole.


Le pétrole représente encore une source importante de richesse, de recettes publiques et de sécurité énergétique. Dans le même temps, son utilisation produit un coût climatique qui n’est pas intégralement intégré au prix payé par ceux qui le consomment. Déterminer si le bénéfice économique de l’exploitation sera suffisant pour justifier les coûts qu’elle pourrait transférer à la société constitue la question la plus importante. La production stimule les investissements, crée des emplois, augmente les exportations et procure des revenus aux entreprises et aux gouvernements par le biais des impôts et des redevances. Pour un pays qui doit encore accroître sa capacité d’investissement public et réduire les inégalités, il est compréhensible qu’une nouvelle frontière pétrolière soit présentée comme une opportunité stratégique.


La valeur économique d’un baril peut être calculée au moment de sa commercialisation. Il est possible de savoir combien une entreprise a reçu, combien le gouvernement a perçu et quelle contribution l’activité a apportée au PIB. Il n’en va pas de même pour les coûts associés aux émissions de carbone. Ceux-ci sont répartis dans le temps et dans l’espace, prenant la forme de pertes agricoles, de dommages aux infrastructures, de pressions sur les systèmes de santé, de besoins d’adaptation des villes et d’impacts sur les populations vulnérables.


Cette asymétrie est importante, car les bénéfices et les coûts ne sont pas nécessairement supportés par les mêmes acteurs. Les revenus de l’exploitation ont des bénéficiaires relativement identifiables : les entreprises productrices, les actionnaires, les travailleurs, les gouvernements et les secteurs économiques liés à la chaîne pétrolière. Les impacts climatiques, en revanche, peuvent toucher des populations qui n’ont jamais eu aucune participation à l’activité et qui ne vivent même pas dans les régions où le pétrole a été produit.


L’idée consiste à attribuer une valeur économique aux dommages provoqués par l’émission d’une tonne supplémentaire de CO2. Des études récentes utilisées dans le débat économique sur le sujet sont parvenues à des estimations supérieures à 1 200 dollars américains par tonne, bien au-dessus des valeurs observées dans différents mécanismes de tarification du carbone. Prenons un scénario purement hypothétique afin de mesurer cette différence. Si 10 milliards de barils de pétrole étaient utilisés et que chaque baril était associé à environ 450 kg de CO2, cela représenterait environ 4,5 milliards de tonnes de CO2. En appliquant un coût social de 1 200 dollars américains par tonne, on obtiendrait une estimation de 5 400 milliards de dollars américains de dommages climatiques. Cet exercice ne constitue pas une estimation des réserves du puits Morpho et ne signifie pas non plus que ce volume sera nécessairement produit ou que le Brésil assumera intégralement tous ces coûts. Son objectif est de montrer comment la perception de la rentabilité d’une activité peut changer lorsque les coûts environnementaux et climatiques sont intégrés à l’analyse économique.


La difficulté réside dans le fait que le marché n’attribue pas nécessairement au carbone un prix proche des dommages qu’il provoque. La Banque mondiale indique que le prix moyen pondéré des émissions couvertes par les instruments de tarification directe se situe autour de 21 dollars américains par tonne de CO2 équivalent. Cela signifie qu’il existe un écart considérable entre le prix que certains marchés attribuent aux émissions et les estimations économiques de leurs dommages sociaux. Cette différence ne signifie pas que les mécanismes de tarification du carbone ou les crédits carbone sont inutiles. Au contraire, ils peuvent jouer un rôle important dans la réduction des émissions et dans le financement de projets de conservation, de restauration et d’élimination du carbone. Le point essentiel est que le prix d’un crédit ne doit pas être confondu avec le coût économique total causé par l’émission d’une tonne de CO2.


Lorsque certains coûts d’une activité n’apparaissent pas dans son prix, il revient à l’État de décider comment cet écart sera traité. Dans le cas du pétrole, cela signifie également débattre de la compatibilité des nouveaux investissements avec les objectifs climatiques du Brésil et avec la trajectoire de transformation du mix énergétique mondial. Petrobras prévoit d’investir 2,5 milliards de dollars américains et de forer 15 nouveaux puits dans la marge équatoriale au cours des cinq prochaines années. Par conséquent, l’évaluation ne devrait pas considérer chaque puits isolément. Il est nécessaire d’analyser l’ensemble de la politique et ses effets cumulés.


Cela ne signifie pas que le Brésil doit simplement abandonner l’exploitation pétrolière. Une transition énergétique n’élimine pas instantanément la demande de combustibles fossiles, et le pétrole continuera à jouer un rôle important dans l’économie mondiale pendant la transition. En outre, interrompre unilatéralement la production brésilienne ne ferait pas disparaître la demande internationale. Le point le plus important est donc de décider ce que le Brésil fera de la richesse qu’il produira.


Si les recettes supplémentaires sont principalement utilisées pour financer les dépenses courantes et perpétuer la dépendance à une matière première finie, la nouvelle frontière pétrolière pourrait renforcer un modèle économique vulnérable aux fluctuations internationales et incompatible avec la nécessité de diversifier le secteur énergétique. Si, au contraire, une partie de ces ressources est consacrée aux infrastructures, aux sciences, aux technologies, à l’éducation, à l’adaptation climatique et au développement de sources d’énergie à plus faibles émissions, le pétrole pourrait servir de source de financement à une transformation qui réduirait précisément la dépendance future aux combustibles fossiles.


Ce choix est important pour le Brésil, car le pays possède un avantage comparatif qui va bien au-delà du pétrole. Son mix électrique relativement propre, son potentiel de production d’énergie solaire et éolienne, sa capacité de production de biocarburants et ses ressources naturelles peuvent le placer dans une position privilégiée dans l’économie bas carbone. L’exploitation pétrolière ne devrait pas être pensée indépendamment de cette stratégie. Il existe également une question de justice intergénérationnelle. Les ressources extraites aujourd’hui appartiennent à une société qui en reçoit immédiatement les bénéfices économiques. Les impacts climatiques, cependant, peuvent persister pendant des décennies. Une partie de la population qui supportera les effets futurs n’aura pas participé à la décision concernant l’exploitation et n’aura pas reçu une part proportionnelle de ses bénéfices.


C’est pourquoi transformer les redevances et les revenus pétroliers en patrimoine à long terme devrait être une priorité. Le débat sur la marge équatoriale doit inclure des mécanismes garantissant qu’une part importante de cette richesse soit convertie en actifs capables de bénéficier à la société après la diminution de la production pétrolière. L’exploitation d’une ressource finie ne devrait pas se traduire uniquement par des revenus eux-mêmes limités dans le temps. Le Brésil se trouve face à une véritable opportunité économique, mais aussi face à un choix stratégique. La confirmation de la présence de pétrole à l’embouchure de l’Amazone ne doit pas nécessairement être interprétée comme une victoire définitive des combustibles fossiles sur l’agenda climatique, tout comme la nécessité de lutter contre le changement climatique n’exige pas d’ignorer les conditions économiques du pays.


La question qui devrait guider la politique brésilienne est de savoir quelle sera la destination de la richesse générée par celui-ci, quels coûts seront intégrés à la décision et qui sera protégé contre ceux qui resteront en dehors de la comptabilité traditionnelle. Si le pétrole est utilisé pour financer une économie plus diversifiée, résiliente et technologiquement préparée à la transition énergétique, son exploitation pourrait remplir une fonction stratégique pendant une période de changement. Si, en revanche, la découverte est considérée uniquement comme une nouvelle occasion d’accroître la production et de reporter les décisions structurelles, le Brésil risque de transformer une richesse temporaire en dépendance prolongée.

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