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Comment l'ASEAN répond au nouvel ordre mondial

  • Photo du rédacteur: João Pedro Nascimento
    João Pedro Nascimento
  • 29 juil.
  • 5 min de lecture

Note : Les opinions exprimées dans ce texte relèvent de la seule responsabilité de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de ce site.


Visão geral da 59ª Reunião de Ministros das Relações Exteriores da ASEAN (Sessão Plenária) nas Filipinas, em 2026, mostrando delegados sentados em uma grande mesa de conferência em forma de U, com telas de vídeo grandes ao fundo e bandeiras nacionais de países membros.
59e Réunion des ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN (session plénière) à Pasay City, le 21 juillet 2026. (Photo : Gouvernement des Philippines)

Cet article a été produit à l'origine pour le Centre d'Études des Relations Internationales et publié sur sa plateforme. La version présentée ci-dessous reproduit le texte intégral à des fins de diffusion.


Ce mois de juillet, aux Philippines, s'est tenue la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN, offrant un portrait clair de comment l'ASEAN répond au nouvel ordre mondial. Cette rencontre s'est déroulée à un moment où le bloc est simultanément confronté à la rivalité entre les États-Unis et la Chine, au rapprochement de la Russie avec la région, aux conséquences économiques de la guerre impliquant l'Iran et aux tensions en mer de Chine méridionale. Plutôt que de choisir un camp, l'ASEAN cherche à renforcer sa propre architecture institutionnelle et à accroître sa capacité à coordonner la région.


À cet égard, les préoccupations liées à la fragmentation géoéconomique reviennent de manière récurrente dans les discours ainsi que dans le communiqué conjoint. Les ministres reconnaissent que, malgré une croissance de 4,9 % en 2025 et une prévision de 4,6 % pour 2026, le conflit au Moyen-Orient, l'augmentation des droits de douane, la fragmentation des chaînes de production mondiales et la détérioration de l'environnement international constituent des risques concrets pour la stabilité économique de l'Asie du Sud-Est. Le document mentionne explicitement les risques d'interruptions des principales routes énergétiques, la hausse des prix des denrées alimentaires, les pressions inflationnistes et les répercussions sur le commerce régional, plaidant pour une réponse coordonnée entre les États membres afin de préserver la résilience économique du bloc.


Cette préoccupation explique en partie pourquoi l'ASEAN a accéléré simultanément la quasi-totalité de ses principaux programmes structurants. Le communiqué salue la mise à jour de l'accord de libre-échange avec la Chine (ACFTA 3.0), les progrès des négociations avec le Canada, la révision de l'accord commercial avec l'Inde, la modernisation du traité avec la Corée du Sud, le renforcement du RCEP et le rapprochement économique avec le Conseil de coopération du Golfe. Cette stratégie vise à réduire les vulnérabilités dans un système international de plus en plus polarisé, tout en préservant l'accès aux marchés, aux investissements et aux chaînes de production. Le développement de normes régionales pour l'identité numérique, les paiements électroniques, l'intelligence artificielle et la cybersécurité, ainsi que la création de la première infrastructure partagée de calcul haute performance pour l'IA et du futur réseau ASEAN AI SAFE, montrent que le bloc entend développer ses propres capacités dans des domaines jugés stratégiques, réduisant ainsi sa dépendance technologique extérieure.


Dans le domaine de l'énergie, alors que la guerre impliquant l'Iran menaçait d'importantes routes maritimes d'approvisionnement, l'ASEAN a réaffirmé son engagement en faveur de l'ASEAN Power Grid ainsi que de nouveaux mécanismes régionaux de sécurité énergétique et de réponse à d'éventuelles interruptions de l'approvisionnement en pétrole et en gaz. Des initiatives destinées à atténuer les risques géopolitiques.


Entre Washington, Pékin et Moscou


Manille est devenue l'un des principaux centres diplomatiques de l'Indo-Pacifique, accueillant les représentants des plus grandes puissances dans un contexte marqué par l'intensification de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. La présence simultanée du secrétaire d'État américain Marco Rubio, du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a démontré que la compétition pour l'influence en Asie du Sud-Est demeure intense et devrait encore s'accentuer dans les années à venir.


La position américaine lors de cette réunion a renforcé cette dynamique. Washington a de nouveau défendu la liberté de navigation, le respect du droit international et de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), tout en réaffirmant son engagement en faveur d'un Indo-Pacifique libre et ouvert. Bien que ces principes soient également partagés par l'ASEAN, le bloc évite de transformer son agenda en un instrument de la compétition stratégique entre les grandes puissances. Le communiqué ministériel réaffirme à plusieurs reprises la centralité de l'ASEAN, le respect du consensus et la recherche d'un ordre régional fondé sur des règles, préservant ainsi un espace de dialogue avec les États-Unis comme avec la Chine.


Cette prudence doit également être comprise à la lumière de la présidence philippine. Manille a pris la tête de l'ASEAN à un moment particulièrement délicat. Sur le plan extérieur, le pays continue de faire face à des tensions récurrentes avec Pékin en mer de Chine méridionale tout en renforçant sa coopération en matière de défense avec les États-Unis. Sur le plan intérieur, la politique philippine traverse une période de forte polarisation institutionnelle, rendant encore plus complexe la direction d'une organisation dont la principale caractéristique demeure la recherche du consensus entre des pays aux intérêts stratégiques souvent divergents.


C'est dans ce contexte que les nouvelles lignes directrices du TAC prennent toute leur importance. Ce mécanisme élargit les possibilités de coopération entre l'ASEAN et les pays ayant adhéré au traité sans disposer encore d'un partenariat formel avec le bloc. L'Arabie saoudite, le Qatar, l'Iran, l'Argentine, le Bangladesh, l'Égypte, la Serbie, l'Ukraine et d'autres signataires disposent désormais d'un canal institutionnel leur permettant de proposer des projets conformes aux priorités définies par l'ASEAN, dans le respect des principes du traité. Ces initiatives restent volontaires, dépendent de l'approbation des organes de l'ASEAN et ne modifient pas le statut politique de ces pays au sein de l'organisation, préservant ainsi l'autonomie décisionnelle du bloc.


Dans un contexte de fragmentation géopolitique et économique, l'ASEAN cherche à renforcer sa capacité d'action internationale sans compromettre l'équilibre qui soutient sa diplomatie. En ouvrant la voie à des projets spécifiques avec des pays issus de différentes régions, dont plusieurs sont engagés dans des différends ou adoptent des positions divergentes dans l'ordre international, le bloc renforce sa vocation de plateforme de dialogue et de coopération, tout en réduisant la nécessité de classer ses partenaires selon des catégories rigides d'alignement politique.


Pour le Brésil, cette évolution mérite une attention particulière. Bien qu'il ne soit pas encore un partenaire officiel de l'ASEAN, le pays est signataire du Traité d'amitié et de coopération, ce qui lui ouvre désormais de nouvelles possibilités de rapprochement institutionnel. En pratique, Brasilia pourra proposer des projets dans des domaines d'intérêt commun sans devoir négocier un partenariat stratégique global, un processus généralement plus long et plus complexe. Des secteurs tels que la bioénergie, l'agriculture tropicale, la sécurité alimentaire, les infrastructures, la transformation numérique, les minéraux critiques, la transition énergétique et la coopération scientifique présentent un fort potentiel de convergence avec les priorités définies par l'ASEAN pour la prochaine décennie. À un moment où le gouvernement brésilien cherche à diversifier ses partenaires économiques, à renforcer sa présence dans l'Indo-Pacifique et à consolider son insertion auprès du Sud global, ce nouveau mécanisme constitue une opportunité concrète d'approfondir les relations avec une région appelée à concentrer une part importante de la croissance économique mondiale au cours des prochaines décennies. Ces lignes directrices élargissent les options diplomatiques offertes aux pays souhaitant construire un agenda de coopération de long terme avec l'ASEAN, tout en préservant la flexibilité qui caractérise la politique étrangère du bloc.


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